J'avoue avoir été quelque peu étonné des récents propos de Michel Onfray, dans une interview croisée avec Philippe Raynaud parue dans le nouvel observateur du 25 janvier et intitulée : « A quoi sert l'extrême gauche ? ».
Le philosophe s'y définit comme « gaullo-gauchiste » : un « gogo » en quelque sorte. Qu'est ce à dire ? La branche politique qui manquait à la bourgeoisie bohème ? Le mystère se dissipe malheureusement trop rapidement : « Je défends la Constitution de 1958 » annonce-t-il. Finalement, ce qui manquerait à l'antilibéralisme de gauche, c'est une figure, une incarnation du désir politique. Les forces de transformation sociale seraient entravées dans leur quête du pouvoir par une sorte de « pudeur libertaire » qui condamnerait d'emblée le « je », qui interdirait toute émergence d'une individualité salvatrice, d'un leader conquérant. Onfray avance alors une idée neuve : la présidentielle, c'est « la rencontre d'un homme et d'un peuple ». Les mauvaises langues diront que c'est bien utile pour éviter de chercher du côté des femmes. Ils pourraient en conclure qu'Onfray, tout au décryptage de l'inconscient antilibéral, laisse le sien baguenauder dangereusement : une belle paire de moustaches, cela ce voit de loin et c'est bien mieux pour fédérer. Mais là n'est évidemment pas ce qui retiens l'attention, j'y reviendrais.
Onfray avait prévenu d'emblée : « On peut donc être, ce qui est mon cas, antilibéral et défenseur du capitalisme ». Selon lui, le véritable ennemi, ce sont les « microfascismes ». Micro, donc pas bien lourds, mais fascistes tout de même. Pour ceux qui ne suivent pas, subir un « microfascisme », c'est pas exemple, ne pas avoir de logement, de travail,... Rien à voir donc avec le capitalisme.
Face aux « microfascismes », point n'est donc besoin de macrostructures, d'organisations collectives, en un mot de partis. La rébellion intelligente se fera bien sûr à coup de « microrésistances » pour une meilleure flexibilité dans le combat, un plus « d'agilité » dirait Ségolène Royale.
Défendre le capitalisme, quête du leader maximo, flexibilité, discours du « pragmatisme » contre l'idéologie... : une tonalité qu'on attendait pas chez quelqu'un qui depuis plusieurs mois, n'hésite pas à prendre part, avec le retentissement nécessaire, au débat de l'antilibéralisme et des présidentielles.
Je n'ai jamais lu Onfray, mais je m'en faisais une idée, disons agréable. Celle d'un philosophe que les classes dominantes ne seraient pas encore parvenus à dresser comme chien de garde. Avec toutefois une petite note de méfiance, que son propos vient de renforcer et que j'espère dissiper en me décidant à le lire.
lundi 29 janvier 2007
Michel Onfray "gogo"
Publié par Frank Mouly à 01:41
Libellés : Michel Onfray
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Mes points de vue comme élu chellois
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